Acermendax au pays des fafs

Il y a un contentieux et un malentendu de longue date sur diverses interventions de Thomas C Durand, alias Acermendax de la chaîne YouTube la Tronche en biais. Au vu des nombreuses incompréhensions sur la nature du problème, il me paraît utile et nécessaire de l’expliciter, dans l’espoir de donner des moyens de compréhension aux personnes de bonne volonté qui ne le comprennent pas, et au delà, de poser la problématique de manière plus générale sur la manière de s’adresser au public réactionnaire.

Afin de bien poser la problématique dans toutes ses dimensions, ce texte est relativement long. Pour permettre à ceux qui comprennent déjà certains de ces éléments de gagner du temps, voici un plan sommaire :

De quoi est-il question ?

La controverse porte sur plusieurs initiatives de Thomas C Durand envers des personnes et médias clairement identifiées à l’extrême droite. Notamment et entre autres, sa présence à l’antenne de la chaîne Meta TV en 2016, et sa participation à une « table ronde » sur la zététique, diffusée en direct sur la chaîne YouTube de TeddyBoy RSA, où il était accompagné de Serge Bret-Morel, autre figure du scepticisme, et où étaient également invités Charles Robin, Christoph, et Anal Génocide en 2018.

Le propos revendiqué de ces initiatives était d’évangéliser le public d’extrême droite sur les bienfaits de la zététique, et idéalement que cela « guérisse » au moins certains individus de leurs croyances réactionnaires. Louables intentions, à n’en pas douter. Hélas, comme souvent avec Thomas C Durand (et les libéraux en général), ses intentions l’absolvent trop facilement des conséquences de ses actes lorsqu’elles entrent en contradiction…(lire « mais mes intentions… »)

Pourquoi c’est un problème ?

La démarche fait preuve d’une grande naïveté, et ce à plusieurs égards. En premier lieu, celle de croire que la pratique de l’esprit critique peut « libérer » de croyances réactionnaires. C’est si peu vrai que, non seulement il y a des groupes Facebook dédiés aux sceptiques réactionnaires (vous trouverez des captures des propos qui s’y tiennent ici, âmes sensibles s’abstenir), mais il y a même un collectif de « zététiciens hérétiques », comme ils se décrivent eux-mêmes, qui entend militer pour la validité du concept de races biologiques, et de corrélations avec le niveau de QI de ces groupes sociaux, le Cercle Cobalt (reprenant en cela les thèses racialistes du livre The Bell Curve de Charles Murray, soutenu notamment par Sam Harris, et au delà celles de l’organisation suprémaciste Pioneer Fund). Par ailleurs, certaines figures bien connues des sceptiques, comme Peggy Sastre (incidemment invitée par la Tronche en biais) ou Astronogeek, se sont illustrés par leur propos réactionnaires.

Le scepticisme scientifique est un outil qui peut être utilisé par n’importe qui au profit ou au détriment de n’importe quoi, y compris d’ailleurs au service des théories conspirationnistes, comme le revendique ReOpen 9/11 sur les attentats du 11 septembre : se revendiquer de la rationalité n’a jamais suffi à en être un pratiquant compétent (Acermendax lui-même n’est pas avare de manquements en la matière), mais cela sert beaucoup à se parer de l’aura d’autorité de la science pour défendre ses idées. De ce fait, des réactionnaires qui savent exploiter les outils de la zététique à leurs fins seront d’autant plus redoutables. Ainsi, ils peuvent s’ingénier à jouer à la chasse aux sophismes ou aux biais cognitifs (parfois en les confondant d’ailleurs) dans les propos de leurs interlocuteurs (à tort ou à raison) pour prétendre avoir mis à mal leur position et sembler sortir vainqueur d’un échange.

Les plus naïfs pourront considérer que ça ne serait là qu’un atout pour la qualité des débats, et qu’il ne tient qu’aux progressistes de faire en sorte d’éviter de prêter le dos à ce type de reproche. Hélas, il est donné à n’importe qui d’accuser son interlocuteur de sophismes à tout propos, d’autant qu’on a tôt fait de confondre un raisonnement valable avec un paralogisme, en particulier lorsqu’on fait abstraction du contexte (lire Fauxphismes, une introduction). C’est d’ailleurs un sport auquel s’adonnent nombre de sceptiques mal formés et trop enthousiastes sur l’efficacité de cet outil pour damer le pion à un interlocuteur, justement au détriment de la qualité du débat, à plus forte raison sachant que les réactionnaires ne reculent devant aucune déloyauté pour sembler avoir le dessus. Même dans le cas où on commet effectivement un paralogisme (et ça nous arrive à tous, y compris quand on essaye d’être scrupuleux là dessus), le débusquer est insuffisant pour démontrer que l’interlocuteur a tort : il n’a juste pas démontré ce qu’il pensait démontrer, il peut encore être en mesure de le faire avec un meilleur argument ou une reformulation plus rigoureuse. Malheureusement c’est trop souvent exploité comme une démonstration que l’interlocuteur se trompe, ou à minima qu’il « pense mal », l’ironie de la chose étant que c’est en soi sophistique.

La seconde naïveté c’est de croire que cette participation est sans conséquence négative, y compris au delà de la réacosphère. Et pourtant, le simple fait d’aller parler sur un média d’extrême droite est suffisant pour les légitimer comme des interlocuteurs respectables, tant auprès du public réactionnaire que de celui de la Tronche en biais. Leurs idées, si dangereuses soient-elles pour la sécurité des minorités sociales, en deviennent des idées comme d’autres, avec lesquelles on est simplement en désaccord, comme pour toute autre divergence idéologique (pour ceux qui le pensent, j’y reviendrai dans la partie suivante). C’est une caution implicite, qui d’une part galvanise le public réactionnaire, et d’autre part baisse la garde de ceux qui ne le sont pas, ce qui leur permet d’envisager d’adhérer à ces idées. En effet, le simple fait de participer à ce type d’entretien contribue en soi à déplacer la fenêtre d’Overton vers l’extrême droite. On peut également évoquer l’effet de simple exposition qui crée de la familiarité. Depuis la première chronique d’Eric Zemmour à « On n’est pas couchés » en 2006 jusqu’à nos jours où CNews diffuse en permanence des idées réactionnaires, ces dernières sont devenues autrement plus acceptables socialement, au point qu’on les retrouve jusque dans le gouvernement lui-même sans que cela fasse de tollé général, à l’effarement de la presse étrangère.

Hélas, bien loin de « guérir » les réactionnaires, cela a bien plus de chances de « contaminer » les républicains, qui se seraient probablement gardés de s’y aventurer sans cette intervention. Et c’est comme ça qu’un jour, on se réveille et il y a des rhinocéros partout. Pour aller plus loin, je vous recommande chaudement cet article : il ne faut jamais débattre avec l’extrême droite.

Longtemps après la fin de l’intervention de Thomas C Durand (« moi je suis venu de la TEB et je suis toujours là »)

La vision d’une guérison ou d’une contamination par des idées est précisément au cœur de la pensée de Thomas C Durand, en bon disciple de Richard Dawkins et de son analogie virale pour expliquer la propagation des idées, au cœur de la mémétique. Si l’analogie était efficace pour faire comprendre le modèle, elle a hélas complètement dérapé en étant réifiée comme le fonctionnement effectif de la propagation des idées. Il s’agit d’une forme de platonisme qui ne conçoit pas les idées comme le produit de rapports sociaux, mais comme des entités distinctes des individus qui flottent dans le monde des idées en attendant de se jeter sur une victime innocente. On retrouve cette conception dans toute la rhétorique de Thomas C Durand sur les croyances. Par exemple, il répète souvent qu’il faut critiquer les croyances et non les croyants, comme si les deux étaient séparables : les idées n’existent pas hors des gens. On ne peut pas prétendre critiquer une idée sans que cela touche les personnes qui y adhèrent (et de fait, le propos est précisément de convaincre les seconds d’abandonner les premières, il s’agit donc bien de les affecter). Ironiquement, on retrouve rigoureusement le même argument chez les protestants américains concernant l’homosexualité : hate the sin, love the sinner (détester le péché, aimer le pécheur). Chacun devrait mieux percevoir, au moins dans ce cadre, en quoi l’argument est inopérant et confine à l’hypocrisie : il sert surtout de pieux prétexte pour mieux harceler les homosexuels tout en se dédouanant de toute volonté de leur nuire (encore les intentions). Il en est rigoureusement de même pour Thomas C Durand envers les croyants. Il ne s’agit toutefois pas de laisser entendre qu’il ne faudrait pas critiquer les idées dans l’absolu, mais encore faut-il le faire à bon escient, notamment en tenant compte du rapport de domination (par exemple, les musulmans sont une minorité sociale et numérique en France), et de la prise en compte de la légitimité de la violence dans ce rapport : toujours frapper vers le « haut », jamais vers le « bas ». Ce qui permet, en passant, de donner des clés permettant de comprendre en quoi les velléités de Thomas C Durand « d’aider » les féministes à mieux argumenter en critiquant des arguments qu’il n’a jamais pris la peine de comprendre était en soi une initiative bien moins louable qu’il l’imaginait (lire également « vous desservez votre cause » et Comment le privilège social entrave l’esprit critique).

La participation de Thomas C Durand n’est donc en réalité pas de nature à « contaminer » qui que ce soit, mais à modifier la nature des rapports sociaux entre réactionnaires et républicains qui en sont témoins. Et selon le matérialisme, ce sont bien les rapports sociaux qui conditionnent les idées auxquelles on adhère : s’il est perçu socialement que certaines idées valent une mise au ban, on sera d’autant moins enclin à y adhérer, ou si on y adhère, de s’en vanter publiquement. À l’inverse, si un modèle comme Thomas C Durand peut aller tenir de plaisantes conversations de salon avec des réactionnaires, c’est bien que leurs idées ne lui répugnent pas et qu’on peut écouter ce qu’ils ont à dire…

TeddyBoy RSA ne s’y est d’ailleurs pas trompé, puisque sa page Tipee revendique glorieusement cette participation prestigieuse, aux côté de fascistes et de confusionnistes notoires tels que Papacito ou Greg Tabibian, pour inciter aux dons. Acermendax, loin de « guérir » qui que ce soit, participe de gré ou de force au financement d’une chaîne réactionnaire par cette caution, et retrouve son minois en bien fâcheuse compagnie. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ceux qu’il décrit pourtant comme des adversaires politiques ne semblent pas se mordre les doigts d’avoir eu affaire à lui…

Le paradoxe de la tolérance

Bon, cela est bel et bon, mais pour ceux qui considèrent effectivement les idéologies réactionnaires comme en valant d’autres, ça n’explique pas en quoi c’est un problème de leur donner une chance de convaincre. Au nom de quoi devrait-on faire barrage à ces idées en particulier ? Si on s’autorise à censurer ces idées là, qu’est-ce qui empêche d’en faire autant pour d’autres ? N’est-ce pas parfaitement antidémocratique ? Et la libertay d’expression ?? Et la libertay d’offenser ? Les antifa sont vraiment les vrais fa, et Antigone la vraie gone !

Bon, respirez un grand coup. Vous vous êtes simplement fait « contaminer » par le néo-libéralisme (wink wink, nudge nudge). Ces considérations relèvent du « libre marché des idées » (car les néo-libéraux voient leur dieu Marché et sa « main invisible » partout), estimant qu’il faut que toutes les idées soient librement exprimées et débattues, et qu’à l’image de la compétition des espèces participant à l’évolution (car le néo-libéralisme est un spencerisme, tout comme le fascisme d’ailleurs), ce seront les meilleures qui émergeront victorieuses (ah oui au fait l’évolution des espèces vivantes n’est pas une affaire de sophistication, ni même de performance ou d’efficacité, hein). Et pour ce qui est de débattre de toutes les idées, en réalité, « pas toutes les idées ». Par exemple, « l’islamo-gauchisme », ça il vaudrait mieux l’étouffer dans l’œuf, contrairement au fascisme, autrement plus respectable… mais curieusement, point de cris d’orfraie sur la démocratie qu’on assassine dans ce cas.

Bon, outre cette fable plaisante, on aurait grand tort de croire que le fascisme relève d’une idéologie comme une autre. Contrairement aux autres idéologies, le fascisme n’est pas à proprement parler un projet politique, mais un moyen : celui-ci mobilise tous les artifices pour légitimer la mise au ban, puis l’éviction, puis l’éradication de catégories de la population. À ce titre, c’est une idéologie anti-sociale, qui passe son temps à s’inventer des « ennemis de l’intérieur », passant à de nouvelles catégories à mesure de l’éviction des précédentes pour continuer à justifier sa légitimité, jusqu’à son implosion inéluctable une fois qu’il s’en prend à ses propres entrailles. Le projet n’est rien de moins que de tuer des personnes. Oh, certes, pas de prime abord, et pas ouvertement. On essaye d’abord de « corriger » les brebis galeuses, de les isoler, de les refouler aux frontières, mais bien vite vient le moment où un souci d’efficacité fait envisager des « solutions finales », au delà des actes de violence plus disparates qui essaiment sa montée au pouvoir. Il ne s’agit pas là d’un argument de la pente glissante : cette conséquence existe en germe dans l’idéologie même du fascisme, et c’est bien l’impossibilité de le réaliser autrement que par la violence envers les minorités et leurs alliés qui l’y conduit inéluctablement.

Il faut souligner que, le projet fasciste visant toujours des minorités sociales en premier lieu (puis leurs alliés), les dominants sociaux n’ont pas à s’inquiéter de ses retombées pour eux. Et pour peu qu’ils manquent d’empathie pour les minorités (ce que leur altérisation s’emploie à faire), ils ne verront pas de raison d’éviter d’afficher de la connivence avec des fascistes. Or c’est bien à eux qu’il incombe de faire barrage, de par leur capital symbolique, c’est eux qui ont la capacité de rendre ces idées indésirables, et donc la responsabilité de le faire. Et pour les minorités qui sont visées, voir cette apathie face à des gens dont le projet n’est rien de moins que les éradiquer, ça a de quoi foutre la rage et les miquettes.

Concernant la « liberté d’offenser », il faut également souligner que les propos oppressifs ne s’arrêtent pas à blesser les minorités qu’ils visent, mais également à mettre en débat la légitimité de l’existence même ces catégories de la population : ils fabriquent les conditions matérielles qui permettent et justifient les violences, autrement plus concrètes, qui s’exercent sur elles par ailleurs.

Mais donc, ce serait être intolérant de ne pas tolérer les intolérants, les antifa sont les vrais fa, et Antibes la vraie bes. Tonton Popper, take it away :

« Il faut parler à tout le monde »

Alors quoi, s’agirait-il d’abandonner les réactionnaires à leur triste sort, et de laisser libre cours à leurs idées sans la moindre contradiction ? Absolument pas ! C’est là où on en vient au malentendu concernant la critique de ces initiatives. La seule chose qui est ici un problème, ça n’est ni de parler aux réactionnaires dans l’absolu, ni d’offrir une critique de leurs idées, mais bien de leur offrir une opportunité d’étendre leur influence en leur donnant accès à un public plus large sur un plateau. En cela, la notion de plateforme est de prime importance.

On peut bien sûr contredire un réactionnaire en privé, sans audience (en « one-to-one » comme on dit dans les start-ups), ou à l’inverse, on peut s’adresser publiquement à eux, mais pas à égale hauteur (en « one-to-many »), à plus forte raison si on bénéficie d’un certain capital social, les deux options permettent à la fois de parler aux réactionnaires et de leur donner une contradiction, tout en ne leur offrant pas de podium pour diffuser leurs idées, ni en leur prêtant sa notoriété. Parmi les raisons qui ont motivé l’initiative de Thomas C Durand, il y avait notamment la pétition de principe que les réactionnaires ne regardaient pas ses contenus, et qu’il fallait donc aller les chercher sur leur terrain. Il y a pourtant un moyen assez simple et efficace de susciter leur intérêt : parler des sujets qui les préoccupent. D’autres l’ont d’ailleurs fait avec un indéniable succès, allant jusqu’à l’exploit de convertir les ouailles égarées. C’est notamment le cas de la chaîne Contrapoints de Natalie Wynn (bien que son talent en la matière ne soit certes pas à la portée de tous ses émules). Des contenus pédagogiques portant sur les arguments, thématiques et idées des réactionnaires parviendront d’autant mieux à leur portée qu’ils pourront être utilisés par les contradicteurs qui les croisent en ligne pour leur répondre. C’est d’ailleurs dans cet espoir que je rédige ce blog, à ma modeste mesure. Et au delà, utiliser son capital sympathie auprès de son auditoire pour dénoncer la pensée réactionnaire participerait justement d’un excellent moyen de dissuasion. Hélas, Thomas C Durand semble bien plus investi contre les militants de gauche que contre ceux de l’extrême droite…

La chose est d’autant plus aisée concernant la Tronche en biais que la chaîne s’est d’ores et déjà attirée les faveurs d’un aréopage de réactionnaires, non seulement pour ses multiples critiques de ceux qu’ils appellent les « SJW » ou « justiciers clavicoles » sous les acclamations des réacs, mais également pour avoir fait la promotion de la psychologie évolutionniste, dont les réactionnaires sont particulièrement friands, puisque celle-ci leur permet de légitimer le statu quo des oppressions sociales par un réductionnisme biologique digne de la phrénologie (incidemment, c’est justement ce que Peggy Sastre s’est employée à faire lorsqu’elle a été invitée par la tronche en biais) : si les inégalités sociales ne sont pas le produit de rapports sociaux mais de la biologie elle-même, il n’y a donc rien à y faire à l’échelle des vies humaines, elles sont simplement dans l’ordre des choses. Thomas C Durand n’avait pas besoin d’aller à cette table ronde pour parler aux réactionnaires : il le faisait déjà sur sa chaîne.

Mais pourquoi sont-ils aussi méchants ?

Voilà donc maintenant plusieurs années que ces reproches sont faits à Thomas C Durand en particulier, et à la Tronche en biais en général. Il me faut souligner que plusieurs personnes avaient tenté de dissuader Thomas C Durand avant qu’il fasse ces erreurs, mais qu’il a choisi de n’en tenir aucun compte. Et il ne comprend pas qu’on s’acharne depuis à lui réitérer inlassablement ces reproches, dont il n’arrive pas à se défaire. Il y voit une forme de harcèlement stérile, puisqu’il est de toute manière impossible de défaire ce qui a été fait. Et il a une explication toute trouvée pour cet entêtement à le lui reprocher : ça n’est là que de la haine, de la jalousie et de l’intolérance, et une posture de virtue signaling par des gens extrémistes qui se posent en mieux sachants à ses frais, voilà tout. Ce qui est là une triste illustration du manque de rigueur intellectuelle dont je parlais plus haut, puisque ce raisonnement n’est rien de moins que du bulvérisme caractérisé. S’il n’envisage pas un instant que les reproches sont non seulement fondés, mais en outre visent un objectif légitime, en les disqualifiant par la mentalité de ceux qui les font, il ne risque pas de les comprendre, sans parler d’en tenir compte ou d’y répondre.

Le fait est que, aujourd’hui encore, il n’a toujours pas compris ce qui lui était reproché, ni pourquoi, et que tant que ça sera le cas, il sera susceptible de reproduire cette erreur. Et c’est bien pour cette raison que ce grief lui est sans cesse renouvelé, non pas par intolérance, mais bien pour éviter qu’il renouvelle cette erreur, dont il défend aujourd’hui encore la légitimité. Ça n’est donc pas tant ces erreurs qu’on continue à lui reprocher, que le fait qu’il persiste à croire qu’il a bien agi : tant qu’il le croira, il y aura une raison de chercher à l’en dissuader. Lorsqu’il aura donné des signes d’avoir compris son erreur et qu’on ne craindra plus qu’il la renouvelle, il n’y aura plus de raison de le lui reprocher.

Il me faut ici m’arrêter sur le cas Peggy Sastre, puisque la funeste émission qu’ils lui ont consacrée en 2016 leur est toujours reprochée aujourd’hui, et ce alors même, comme ils le soulignent à chacune de ces occasions, qu’ils ont publié une « autocritique » sur cette émission, cette dernière a en outre été dépubliée depuis. On pourrait croire qu’au vu de ces éléments, plus personne ne trouverait de raison à continuer à le leur reprocher, selon la recommandation du paragraphe précédent. C’est un petit peu plus compliqué que ça : l’autocritique dont il est question ne porte pas sur le fait d’avoir fait la promotion dans leur émission d’une femme d’extrême droite, mais bien sur l’inadéquation de cette intervenante pour parler de la thématique du féminisme, ni plus, ni moins. L’autocritique elle-même justifie nombre des positions défendues par Sastre, et en fait de regrets, il s’agit bien plus d’une tentative de justification. La tronche en biais a d’ailleurs continué à défendre la qualité du travail de Peggy Sastre pendant des années. Thomas C Durand reprenait volontiers la rhétorique de Sastre à diverses occasions (lire les paralogismes à la rescousse de l’evopsy). L’émission elle-même n’a été dépubliée qu’en 2020, une fois que le comportement de Sastre à leur égard leur est devenu intolérable (elle leur a âprement fait payer les positions qu’elle jugeait trop à gauche), et non pour de quelconques raisons idéologiques, ou de prise de conscience du tort que cette vidéo faisait en soi. En somme : rien n’indique qu’ils aient pris la mesure du problème, et on attend toujours que l’équipe assume toutes ses responsabilités.

Vled Tapas et Acermendax ont fait savoir la lassitude de devoir répondre sempiternellement à ces critiques, ce qui leur prend du temps et de l’énergie qu’ils pourraient consacrer à mieux. Il y a pourtant des moyens de mettre ces tristes épisodes derrière nous, mais chacun préfère camper sur son bon droit et ne surtout pas se remettre en question. Hélas, aussi longtemps qu’ils ne donneront pas des signes d’avoir compris et pris la mesure de ce qui leur est reproché, ça ne risque pas de changer. À plus forte raison sachant que ces manifestations de leur naïveté politique s’accumulent de manière tristement cohérente (ce qui fait une raison supplémentaire de les égrener pour la mettre en évidence).

Thomas C Durand s’agace qu’on prétende lui dicter qui recevoir et chez qui aller, estimant n’avoir de comptes à rendre à personne là dessus. Il a pourtant une responsabilité de par l’ampleur de l’audience dont il bénéficie, et de par l’influence qu’il a (la chaîne compte 223 000 abonnés à ce jour). C’est d’ailleurs un critère dont il est assez conscient pour le faire valoir aux influenceurs qui propagent des contre-vérités. Là où il se dédouane de toute responsabilité, et de bien curieuse façon, c’est en soulignant que ces griefs ne provoquent chez lui que de la réactance, autrement soit dit, plus on cherche à le dissuader, plus ça lui donne envie d’en rajouter. En somme, il ne serait que la marionnette impuissante des gens qui le poussent à agir bien malgré lui… et il ne faudrait rien lui dire pour qu’il fasse moins de bêtises, dont il n’assume rien.

Chacun appréciera la façon dont il s’emploie à appliquer ce qu’il recommande aux autres.

Un commentaire

  1. Plutôt que de simplement rappeler l’idée fausse selon laquelle des différences biologiques justifient des inégalités sociales, rappelons que ce n’est pas parce qu’on est petit, moche, moins intelligent ou handicapé qu’on doit avoir une vie moins agréable ou des ambitions plus modestes. Les inégalités biologiques peuvent et doivent être contrées par une société plus égalitaire.

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