Mythologie de l’effort

Lorsqu’on adhère à l’idée de mérite, on considère qu’on doit son statut social à ses efforts, et inversement, qu’on doit son infortune à sa paresse (lire Méritocratie : une croyance tenace). En partant de ce point de vue, toute mesure facilitant l’accès à des droits sera considérée comme « injuste », puisqu’elle change les règles du jeu et que ce qui demandait hier plus d’effort n’en demandera plus autant demain. On considèrera donc non seulement que le jeu de la concurrence entre le passé et le présent est faussé, mais en outre on considèrera que les droits en question en sont dévalorisés, puisqu’offerts au tout venant quand il fallait hier s’en montrer digne. Ainsi, ceux qui considèrent bénéficier de ces droits grâce à leurs efforts en perdent quelque prestige social au passage. Pire encore, on part du principe que sans cette notion de mérite, plus personne n’aura de raison de faire des efforts pour contribuer au bien commun. On voit bien là en quoi la méritocratie est non seulement une légitimation du statu quo, mais également un raisonnement circulaire : il faut faire des efforts pour mériter son statut social, mais il faut également des discriminations sociales pour motiver les efforts.

À bien y réfléchir, on ne peut que se désoler de voir l’influence manifeste du capitalisme dans ces mentalités, imaginant une concurrence aussi fictive qu’absurde entre passé et présent, et même, quelque forme de mesquinerie qui dispense de se réjouir que les jeunes générations puissent avoir la vie facilitée sur certains aspects. Ainsi s’entretient une forme de jalousie intergénérationnelle qui, loin de donner lieu à l’enthousiasme pour les progrès que cela représente pour la société tout entière, préférerait voir les jeunes galèrer autant que les aînés ont pu le faire, quand bien même les aînés n’en garderaient-ils eux-même aucun bon souvenir. C’est qu’il ne s’agirait tout de même pas de laisser son empathie faire mentir la prophétie autoréalisatrice « l’Homme est un loup pour l’Homme » !

Au delà même de la mesquinerie de ce point de vue, celui-ci relève du biais des coûts irrécupérables : que les jeunes bénéficient ou non d’avancées ne changera en rien le passé et ne fera pas en sorte que les efforts de naguère soient magiquement effacés : ceux-ci ont servi leur propos et fait bénéficier plus tôt aux uns de ce dont les autres ont été privés à l’époque sans en faire plus que les jeunes générations (ce qui n’est guère plus « juste » pour ceux là, mais iels ne s’en formalisent pourtant guère, donnant là encore un indice sur la nature de la jalousie des autres). Ainsi, les privilégiés n’ont de cesse de déplorer l’envie qu’ils s’imaginent chez les moins bien lotis qu’eux, alors même que c’est eux qui sont jaloux de leurs privilèges dont ils comptent bien garder l’exclusivité. La doxa capitaliste affirme que c’est la rareté qui crée la valeur, on voit bien dans ces cas là que c’est au contraire la valeur qui légitime et justifie la rareté, qu’on cherche à entretenir par conséquent…

Les exemples ne manquent pas, les protestations en question ont lieu à chaque fois qu’on simplifie les choses, qu’on étend ou crée un droit, voire quand on interdit des abus autrefois légitimes : que ce soit la fin du service militaire, la réforme de l’orthographe, l’abaissement de l’âge de la majorité, l’interdiction des châtiments corporels sur les enfants, l’ouverture du mariage civil aux couples de même sexe, les régimes spéciaux des retraites, et bien d’autres cas. Certes, ces arguments sont souvent associés à d’autres de plus ou moins bonne foi, mais ceux ci ne valent guère mieux (nostalgie de la galère ou respect des traditions par exemple). Et pour ce qui est d’interdire les abus qui étaient autrefois tolérés, la réactance vient souvent motiver l’opposition à la nouvelle donne. Le privilège est dévalué lorsque celui-ci cesse d’en être un pour devenir accessible à tous, justement parce qu’on considère qu’il est nécessairement le reflet d’un mérite. Et c’est là également la solution d’une énigme : comment peut-on à la fois être aveugle au privilège dont on bénéficie tout en le défendant becs et ongles quand il est question d’en faire bénéficier tout le monde ? Parce que la remise en question du privilège, si invisible soit-il, met en danger la vision qu’on se fait d’un ordre du monde et de sa place dans celui-ci.

On peut également en voir un exemple dans le film Her, où il est avancé qu’entretenir un rapport amoureux avec une intelligence artificielle serait une forme de tricherie ou d’échappatoire facile, comme si la difficulté devait aller de pair avec le rapport amoureux, ou que la valeur de celui-ci s’estimerait aux sacrifices qu’on lui consacre (on voit le même type de reproche fait au polyamour, censément « trop facile »). Difficile de ne pas voir dans cette vision doloriste une influence judéo-chrétienne, vision d’autant plus délétère qu’elle légitime de subir des violences conjugales et des abus sexuels au nom de l’amour.

À l’épicentre de la pensée méritocratique

Pour mieux prendre la mesure du caractère irrationnel de ce raisonnement, dépaysons le problème : aux USA plus que partout ailleurs, on a érigé la figure du « self-made man » en emblème du « rêve américain » : un rêve qui peut être partagé par tous, où chacun est un millionnaire en devenir, et par projection vote d’ailleurs souvent comme tel, en solidarité avec sa classe destinée (là aussi la concurrence entre pauvres et classe moyenne au profit des plus aisés bat son plein), et où le terme même de « socialiste » était encore un anathème politique jusqu’à la campagne présidentielle de Bernie Sanders en 2016.

La gauche américaine milite actuellement pour annuler la dette des prêts étudiants (qui se montent à des niveaux astronomiques outre-Atlantique et met nombre d’états-uniens en faillite personnelle, tout en dégageant l’état fédéral de tout intérêt et de tout investissement dans l’avenir de sa propre population). Cet échange de tweets met bien en lumière le phénomène :

Kristin :
J’ai été diplômée de l’université il y a 8 ans aujourd’hui. J’avais 28 ans. J’ai refusé de m’endetter pour l’université, alors je me suis enrôlée dans l’armée. J’ai maintenu mes notes à un niveau élevé et ils ont pris soin de moi. #AnnulerLaDetteÉtudiante est un camouflet pour beaucoup de gens comme moi.

Spanky McDutcherson :
Imaginez que « J’ai dû me retrouver dans une situation où j’aurais pu mourir ou peut-être en tuer d’autres pour éviter une dette accablante rien que pour bénéficier d’une éducation » est un bon argument pour maintenir ce système.

La judicieuse réponse met ici bien en évidence que l’ordre établi est considéré comme si légitime que sa seule remise en question n’entre même pas en ligne de compte dans le raisonnement, il fait partie de la donne et ne doit pas en sortir, on ne peut raisonner que relativement à lui sans même examiner sa légitimité, parce qu’elle va de soi. C’est le marqueur d’une hégémonie culturelle.

Toujours aux USA, on observe les mêmes arguments contre l’idée d’un système de sécurité sociale qui couvrirait les frais de santé de chaque citoyen, alors même que, au delà de la simple question éthique, les chiffres sont sans appel et montrent que les états-uniens dépenseraient moins en impôts qu’ils ne dépensent actuellement en assurances privées et en frais de santé, le tout pour une moindre espérance de vie. Là encore c’est la valeur qui génère la rareté et non l’inverse.

Si vous avez souffert dans la vie et que vous voulez que les autres souffrent comme vous l’avez fait parce que « vous vous en êtes bien sorti », vous ne vous en êtes pas réellement bien sorti. @daniel_swensen

L’exception du progrès technologique

On s’indigne moins que la technologie simplifie la vie de chacun, parce qu’on ne perçoit pas d’intention derrière elle, et qu’il a suffit de laisser le temps passer pour en bénéficier. Le progrès technique est perçu, bien à tort, comme une force de la nature que personne ne dirige, et dont on s’accommode de plus ou moins bonne grâce, au prétexte qu’on n’entrave pas sa marche. Tout au plus maugréera-t-on sur le fait que les jeunes ne mesurent pas leur chance, et qu’à leur âge, on se serait damné pour bénéficier d’un tel luxe. Là aussi, on sait faire fi de la concurrence transtemporelle.

Le satané « goût de l’effort »

Au delà de ces considérations, le raisonnement implicite, et là encore très judéo-chrétien, est que sans carotte ni bâton pour motiver les individus à dépasser leur paresse atavique, alors la société sombrera inéluctablement dans l’oisiveté (qui, paraît-il, est la mère de tous les vices). Ce raisonnement mérite d’être examiné, d’autant qu’il me permet d’approfondir un argument faible de mon article sur la méritocratie, qui expédiait assez sommairement la notion de libre arbitre.

Si le libre arbitre est, selon toute vraisemblance et au vu des dernières découvertes scientifiques, une illusion, celle-ci n’en est pas moins utile pour autant dans nos rapports sociaux : sans illusion de libre arbitre, pas de culpabilité possible. À moins d’être sociopathe, ce serait par culpabilité sociale que nous n’abusons pas des largesses d’autrui (ou de l’état providence). Parce que nous sommes sujets à cette illusion, celle-ci fait partie des déterminismes qui conditionnent notre comportement.

Il serait effectivement naïf et présomptueux de croire que la culpabilité n’a aucune influence sur nos comportements, cependant, il y a tout de même lieu de s’interroger sur sa nécessité pour obtenir des comportements donnés (faute de quoi, ce serait là encore une hypothèse irréfutable ou un raisonnement circulaire).

La culpabilité est le symétrique de l’empathie, et c’est bien au contraire l’absence d’empathie qui entraîne l’absence de culpabilité, d’ailleurs, les sociopathes sont autant dépourvus de l’une que de l’autre (mais pas de l’illusion du libre arbitre pour autant, ce qui leur permet malgré tout d’être fiers d’eux). Par ailleurs, ce sont bien ceux qui n’ont aucune empathie pour les moins chanceux qui n’ont aucune culpabilité à les abandonner à leur sort. On notera que l’absence d’empathie est au contraire glorifiée par la droite, pour laquelle celui qui se hisse en écrasant les autres est un exemple, et celui qui est généreux et solidaire n’est au contraire bon qu’à se « faire avoir ». Ce mode de pensée érige le cynisme en façon de fonctionner et ne promeut que l’antisocialité (du moins tant qu’il s’agit de donner aux autres et non de recevoir d’eux…). L’avènement du fameux « monde des bisounours » dans lequel nous ne vivons clairement pas ne risque pas de s’approcher avec des gens qui s’opposent à ce qu’on puisse s’en sortir par la solidarité et la coopération plutôt que par l’égoïsme et la compétition. C’est au contraire en valorisant et cultivant l’empathie, en considérant que le bonheur n’est pas un jeu à somme nulle, qu’on est plus heureux si les autres le sont aussi, qu’on fera en sorte de dissuader quiconque d’abuser de la générosité d’autrui. Cette mentalité relève structurellement bien plus de la bourgeoisie que de ceux qui bénéficient d’aides sociales (il y a même une corrélation directe entre la hauteur des revenus, la carence d’empathie, et l’égoïsme) : en somme, soupçonner les abus des aides sociales, c’est signaler sa propre mentalité bourgeoise, qui ne s’applique pas aux plus modestes par définition.

Ajoutons que la culpabilité ne peut avoir de retombées positives que lorsque celle-ci nous pousse à faire mieux. Or, nombre d’injonctions sociales nous culpabilisent en permanence en pure perte, que ce soit pour des choses qui n’infligent pas le moindre tort à quiconque, ou même pour des choses auxquelles nous ne pouvons tout simplement rien. Cette culpabilité là n’a pour seul effet que de nous faire du mal, d’entretenir des troubles de l’estime de soi, et de délégitimer jusqu’à l’existence même des individus.

La fraude comme baromètre

La fraude aux prestations sociales (à ne pas confondre avec la fraude aux cotisations sociales) est difficile à estimer, mais est sans cesse agitée par la droite (jusqu’au PS…) pour dénoncer ce qu’elle appelle « l’assistanat ». Il est cependant intéressant de mettre son estimation en perspective avec quelques chiffres : Selon le rapport du Comité national de lutte contre la fraude, en 2014 ce montant s’élevait à 424,96 millions d’euros. Mais bien loin de vampiriser le sein étatique, les français, par orgueil, honte ou ignorance, ne recourent pas à toutes les aides auxquelles ils ont droit : on estime que le montant des aides non réclamées s’élève à plus de 13 milliards d’euros (soit plus de trente fois plus…) C’est dire si le budget des diverses caisses d’allocation gagne au change avec le montant lilliputien de la fraude, et cela donne la mesure de « l’assistanat » effectif dans lequel les français se complaisent censément, et qui coûterait, selon la formule consacrée, un « pognon de dingue »… D’autant plus si on met le montant de la fraude sociale en perspective avec celui de la fraude fiscale, dont diverses estimations le situent entre 80 et 100 milliards d’euros (soit jusqu’à 135 fois plus que la fraude sociale)… Salauds de pauvres indeed !

Je me dois d’ajouter que, il y a encore peu, nombre de prestations sociales étaient financées par du salaire indirect, autrement soit dit, c’était un dû pour lequel la notion de fraude est absurde. Pour autant, on a augmenté la pression sur les chômeurs pour vérifier qu’ils étaient bien en recherche d’emploi (alors même qu’ils pouvaient légitimement mettre ce temps à profit pour leur qualification, la création de leur propre entreprise, ou tout simplement profiter de ce temps libre). Naturellement, le pli ne fait que s’accentuer maintenant que l’impôt est venu se substituer au salaire indirect, l’argent public permettant d’exiger des comptes. Cette substitution est donc une perte indiscutable d’un acquis social. J’ajoute qu’on fait preuve de bien moins d’exigences sur l’argent public qu’on distribue généreusement aux entreprises privées (CICE, crédit impôt recherche, etc) sans la moindre contrepartie.

L’exemple du logement

Concernant le problème des sans abris (et en dépit des promesses électorales du candidat Macron, qui ne fait manifestement pas toujours ce qu’il dit…), la France s’est dotée de lois qui servent surtout à se donner bonne conscience dans la mesure où celles-ci ne sont pas appliquées (que ce soit sur le droit au logement comme sur les quotas de logements sociaux pour les municipalités).

On sait que laisser des gens à la rue a un coût pour la société, estimé à 17 000 euros par an et par personne. Hormis toute considération éthique, on sait qu’héberger tous les sans abris gratuitement coûterait moins cher à la société, soit 14 000 euros par an et par personne.. La différence entre les deux (sans compter le coût humain…) est le prix que nous payons pour justifier la croyance que sans la menace de la rue, plus personne n’accepterait de faire des efforts pour s’en sortir.

Cette croyance est d’autant moins fondée que la Finlande et l’Utah ont tous deux éradiqué le problème des sans-abri en fournissant un logement gratuit à chacun d’entre eux. Pour autant, ceux qui payent un loyer ou un crédit immobilier n’ont manifestement pas subitement perdu toute motivation à contribuer à l’économie… Au contraire, ne pas avoir à s’inquiéter pour le lendemain a un impact direct sur la consommation : comme les économistes se plaisent à le dire, c’est la confiance qui motive les investissements, et il n’y a aucune raison de n’épargner toute inquiétude qu’aux investisseurs boursiers, si ce n’est pour rendre les salariés plus dociles face aux exigences toujours plus grandes de leurs patrons par la menace d’aller grossir les rangs de ce que Marx appelle l’armée de réserve de travailleurs. Voilà ce que les sans-abri payent par leurs conditions de vie, voilà ce que nous payons socialement à dépenser plus pour ne pas les héberger : notre obéissance aux bourgeois. Parce que de fait, si la menace de la rue ne pèse pas sur nous, la bourgeoisie a effectivement bien moins de moyens d’obtenir de nous tout ce qu’elle veut, et nous avons bien plus les moyens de l’envoyer chier.

Cesse-t’on de travailler sans la menace du bâton ?

Comme le souligne Bernard Friot, nous avons fait une équivalence entre travail et revenu, ce qui implique que nous ne concevons comme travail effectif que ce qui permet de créer une plus-value économique, alors même que le travail que nous effectuons, selon qu’on entretient son propre jardin, qu’on est un employé de mairie qui entretient les espaces verts publics, ou qu’on est un salarié d’un sous-traitant qui en fait autant, est fondamentalement le même. Ce qui permet de réaliser qu’il y a également un raisonnement circulaire derrière l’idée que ceux qui ne perçoivent pas de revenu pour leur travail n’ont pas d’activité, puisqu’on définit l’activité par le fait même de produire une plus-value économique. Pour autant, les catégories sociales dont le revenu ne dépend pas de leur activité mais bien de leur statut (retraités, fonctionnaires, chômeurs) n’en produisent pour autant pas moins du travail, qui bénéficie à la collectivité. Cet article ne me procure aucun revenu, je n’en ai pas moins fourni un réel travail pour le produire, en espérant que vous l’appréciez. Chaque individu a tout simplement besoin pour son épanouissement de se sentir utile à la communauté, que ce soit soumis à rétribution ou non. À l’inverse, les rentiers ne produisent aucun travail, et n’en perçoivent pas moins un revenu, et ne sont pas socialement perçus comme les parasites qu’ils sont.

Dans le capitalisme, la variable d’ajustement pour les marges, c’est toujours la masse salariale en premier lieu. L’automatisation galopante et l’avènement du Deep Learning promet de se débarrasser d’un maximum de salariés, jusqu’à n’en avoir plus aucun. À qui vendra-t’on les biens et les services passé un seuil de la population sans revenu ?

D’année en année, de par les effets mécaniques de la concentration des richesses du capitalisme, un nombre de plus en plus restreint d’individus possède une part de plus en plus importante de la richesse : dans son rapport de 2020, Oxfam France révèle que 7 milliardaires français possèdent plus que les 30 % les plus pauvres, un de moins qu’il y a deux ans. Selon l’INSEE, 10 % des ménages détiennent près de la moitié du patrimoine total.

En divisant le PIB de la France en 2018 par le nombre d’habitant (sans distinction d’âge, de nationalité ou de situation professionnelle) et en divisant ce montant par le nombre de mois dans l’année, on obtient 2741 euros par mois, de quoi vivre confortablement. Ceux qui gagnent plus le gagnent au détriment de ceux qui gagnent moins sans la moindre justification de « mérite ».

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