« je peux pas être privilégié puisque je suis opprimé »

Il y a un gros malentendu sur la notion de privilège qu’il nous faut absolument dissiper. Beaucoup de gens sont choqués de s’entendre dire qu’ils bénéficient de privilèges sociaux, alors qu’ils subissent eux-même des oppressions. Comment peut-on croire qu’un pauvre est privilégié ? Il est compréhensible que ce soit choquant pour quelqu’un qui subit une condition sociale difficile, chacun voit midi à sa porte. Mais ça n’est pas parce que c’est choquant que c’est faux pour autant.

Pour autant, quand on est hétéro, on est épargné par l’homophobie. Quand on est cisgenre, on est épargné par la transphobie. Quand on est valide, on est épargné par le validisme. Quand on est blanc, on est épargné par le racisme (n’en déplaise à ceux qui adhèrent à la fable du racisme anti-blanc agitée par l’extrême droite). Quand on est un homme, on est épargné par le sexisme. Quand on est bourgeois, on est épargné par le classisme. Quand on est mince, on est épargné par la grossophobie. Si nombre de ces oppressions ont des fondements communs et s’entretiennent les unes les autres, elles ont également des spécificités, et leur addition en crée d’autres en démultipliant leurs effets.

Être épargné par une ou plusieurs de ces oppressions, c’est un privilège social. Ça ne veut pas dire que vous ne subissez aucune oppression, mais qu’il y en a une ou plusieurs qui vous sont épargnées, ce qui vous avantage relativement à celles et ceux qui ne le sont pas. Vous vous en tireriez encore moins bien si vous les subissiez aussi, ça n’a rien de scandaleux de le dire, et ça ne devrait pas être si difficile à reconnaître.

Il ne s’agit pas non plus de faire des hiérarchies du malheur (les seuls à le faire sont les sexistes et les racistes qui croient judicieux de mettre en concurrence les malheurs des hommes et des femmes ou des blancs et des racisés dans un cas d’école de whataboutisme, cf argument pourri #3), mais de lutter contre chacune de ces oppressions qui sont injustes et illégitimes.

Si vous subissez une ou plusieurs de ces oppressions, vous avez d’autant moins de raisons de vous opposer à la lutte contre les autres oppressions : elles s’entretiennent toutes. Admettre que vous êtes privilégié sur un aspect, c’est aussi être cohérent pour dénoncer les oppressions que vous subissez.

Ëtre riche n’immunise pas les noirs contre le racisme. Être blanche n’immunise pas les femmes contre le sexisme. Mais ça n’immunise pas plus les premiers d’être classistes ni les secondes d’être racistes. Et nier les privilèges dont nous bénéficions, même quand nous subissons des oppressions par ailleurs, c’est participer à ces oppressions qui nous sont épargnées. C’est nier la réalité du problème. C’est entretenir le statu quo. C’est faire le jeu de ceux là mêmes qui vous oppriment.

Aucune oppression n’est légitime, et par voie de conséquence, aucun privilège non plus.

« Un égoïste, c’est quelqu’un qui ne pense pas à moi »

Eugène Labiche

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